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Lanalyse du Coran la lumire de la dconstruction de Derrida

La sourate XXII (Al-Ḥajj) comme modle ([1])

 

 

Mohamed Ali Abdel Jalil

Universit dAix-Marseille

 

Dans le Discours sur les sciences et les arts, Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) affirme que le langage contrl est un instrument de dissimulation des passions humaines. Comme Jean Starobinski (1920- ) a soulign, la culture, travers la mdiation linguistique, construit continuellement des voiles et des obstacles qui empchent lintuition pure de sa propre intriorit et de celle des autres. Le langage, comme il est vident aussi dans lÉmile ou De lducation de Rousseau (1762), reprsente pleinement le pouvoir dformant de la culture. Selon Rousseau, la parole cache les passions originelles de lhomme qui lavaient produite.[2]

 

Ainsi, une des fonctions du langage est de ne pas transmettre un message, mais de le cacher, ce qui exige, pour rvler le vouloir-dire du texte coranique, de lire entre les lignes, de creuser dans le texte, de le dconstruire, dclairer ses coins obscurs, de faire parler ses vides et ses lacunes. Aussi est-il temps dappliquer sur lui la Dconstruction de Derrida.

 

Il semble que lun des objectifs de lexgse coranique est de complter le texte (et ainsi font ses traductions), de le raccommoder, de le rafistoler, de combler ses vides et de rsoudre ses incohrences et ses contradictions, car la contradiction entre les versets coraniques, ou lintrieur dun mme verset, pose un trs grand problme de comprhension aussi bien pour un simple lecteur que pour un thologien et chercheur. Ce thme proccupe normment les musulmans tel point quil suffit de taper le mot (tanāquḍ, incohrence, contradiction) sur le moteur de recherche Google pour que ce dernier vous propose comme un premier rsultat :     ( tanāquḍ al-qurʾān , lincohrence du Coran). La rfutation des contradictions du Coran a fait couler beaucoup dencre. À titre dexemple, le thologien gyptien Muḥammad ʿAmāra a consacr un ouvrage intitul (Shubuhāt ḥawla al-qurʾān al-karīm [Des soupons autour du noble Coran], Éditions Dār Nahḍat Miṣr, 2009) pour rfuter ces contradictions. Une gigantesque collection douvrages de 24 volumes intitule . (Mawsūʿat bayān al-ʾislām. Ar-radd ʿalā al-iftirāʾāt wa ash-shubuhāt [lEncyclopdie de lexplication de lIslam. La rfutation des diffamations et des soupons], Éditions Dār Nahḍat Miṣr, 2012) a t crite par 200 thologiens pour rfuter plus de 1200 shubha dont le plus important est les contradictions dans le Coran.

 

Pour mieux comprendre ces contradictions et connatre ce que cache le texte coranique, il est important de le dconstruire.

 

 La dconstruction nest pas simplement une philosophie, ni un ensemble de thses, ni mme la question de lÊtre, au sens heideggrien. Dune certaine manire, elle nest rien. Elle ne peut pas tre une discipline ou une mthode. [3]

 

Puisque, selon Jacques Derrida, la dconstruction nest pas une mthode et na ni rgles ni procdures qui pourraient servir laborer une mthodologie de la dconstruction, jai propos quelques repres pour analyser la sourate 22 (Al-Ḥajj) la lumire de lapproche dconstructrice derridienne dans le but de mieux comprendre les contradictions, les incohrences et la polysmie du texte coranique. Ces repres sont :

 

Analyser les contradictions et les incohrences du texte. À titre dexemple, le verset 39 de la sourate Al-Ḥajj (" " [ Permission est donne ceux qui combattent pour avoir subi liniquit ] [traduction de Jacques Berque]) est logiquement incompatible avec le verset prcdent 38 (" " [ Dieu prend la dfense de ceux qui croient ] [traduction de Berque]). Pourquoi  Dieu  autorise-t-il aux croyants de combattre pour se dfendre si  Dieu  lui-mme sengage les dfendre ?! Cela peut indiquer que chaque nonc renvoie une situation sociopolitique compltement diffrente de lautre et rpondait un besoin sociologique spcifique. Ainsi, le verset 38 peut tre mecquois et reflte la priode de la faiblesse de la communaut musulmane, alors que le verset suivant 39 peut tre mdinois et reflte la priode de la capacit des musulmans attaquer les autres et conqurir.

 

Rinterroger les prsupposs du texte pour ouvrir de nouvelles perspectives, faire dire au texte tout fait autre chose que ce quil semblait dire, non pas dune manire alatoire mais sur la base des critres dont : les rgles de la grammaire, lusage de la langue lpoque de la rdaction du Coran et les exgses htrodoxes. Considrer le texte comme les rves qui  occultent ou trahissent plutt quils rvlent [4], le lire en quelque sorte contre-jour, contre-lumire. Par exemple, le verset 5 de la sourate Al-Ḥajj[5] ne parle pas explicitement de la rincarnation ; mais le fait dvoquer en mme temps dans un mme verset les tapes de la cration de lHomme et le cycle de la vie (la renaissance cyclique de la nature) pourrait montrer que ce verset fait une forte allusion la rincarnation, ce que soulignent les exgses alaouites nusayrites et druzes.

 

Reprer les coins ngligs et analyser ce que le texte ne dit pas (les blancs ou les vides), les lacunes. Ces vides contribuent augmenter et orienter la polysmie. Par exemple, dans la phrase imprative (" " [ prmunissez-vous envers votre Seigneur ] [traduction de Berque]) (XXII, 1), il y a un vide : on ne sait pas comment les croyants doivent craindre leur Seigneur (qui ?). Pour les courants orthodoxes, le commandement  ittaqū rabbakum  peut signifier entre autres : ne faites pas de mal, ne croyez pas la Trinit, ne buvez pas dalcool, faites les cinq prires et le ramadan, etc. Par contre, ce mme commandement peut signifier chez les courants htrodoxes et sotriques (surtout chez les alaouites nusayrites) : ne faites pas de mal, communiez entre vous avec du vin[6], croyez en la rincarnation, gardez les secrets de la confrrie, etc.

 

De tels vides peuvent indiquer que les dtails ne sont pas importants pour les auteurs dun palimpseste[7] et que le texte est bti sur la base dun syncrtisme religieux et scripturaire que lon a cherch dissimuler sous une srie de lacunes et de rptitions.

 

Le pronom possessif -kum [votre] exprime la possessivit et lappartenance. Le verset voulait dire aux musulmans quils doivent respecter leur propre  Rabb . Le mot masculin rabb signifie : matre, chef, patron, possesseur, seigneur. Le verset voulait donc implicitement dire aux croyants quils doivent obligatoirement respecter leurs propres dirigeants (et par la suite limage de Dieu impose par leurs chefs) et craindre leur punition. Cela veut dire aussi que le respect dun autre chef et dune autre image de la divinit nest pas obligatoire.

 

Souligner les rptitions, les collages, les copis-colls[8], les plonasmes, les verbiages, les phrases insignifiantes et prolixes et les comparaisons vagues qui peuvent montrer que le sens nest pas prioritaire pour les auteurs ou les compilateurs du Coran. Le texte coranique utilise des expressions tellement gnriques quelles ne disent rien. Il semble que limage dans le verset XXII, 31 (" " [ qui associe Dieu, cest comme sil dgringolait du ciel, et qualors un oiseau le happe ou que le vent labme en un lieu perdu ] [traduction de Berque]) nest quune compilation de mots pour faire peur au croyant. La phrase suivante du verset 36 demande aux croyants de manger de leurs animaux une fois abattus (" . " [ une fois affales sur le ct, mangez-en, donnez-en manger au suppliant et au qumandeur. Ainsi mettons-Nous (ces btes) votre disposition, escomptant que vous en aurez gratitude. ] [traduction de Berque]). Une telle phrase prolixe semble comme un cri didentit. Autre exemple plus clair, cest le verset XXIV [An-Nūr], 61 qui semble comme une sorte de verbiage[9], comme le souligne juste titre lintellectuel libral, le traducteur et le thologien irakien Ahmed Al-Gubbanchi[10].

 

Changer lordre actuel de certains versets quivoques ou de certains mots lintrieur des versets pour avoir une certaine logique et pour mieux comprendre le sens. Lanastrophe [at-taqdīm wa at-taʾkhīr] et le dsordre dans certains versets peuvent perdre le sens ou obliger le lecteur forcer le texte pour inventer du sens. Exemple : Il semble que cette phrase du verset 39 de la sourate Al-Ḥajj (" " [ Permission est donne ceux qui combattent pour avoir subi liniquit ]) est dans un dsordre, et il vaut mieux, semble-t-il, mettre chacun des deux verbes la place de lautre pour que la phrase soit logique et compatible avec ses interprtations ; et lordre normal de la phrase doit tre ainsi : " " [ Permission est donne ceux qui ont subi de liniquit pour combattre ]. Un autre exemple sur le dsordre qui cre une contradiction ou une ambigut dans le texte coranique (ce qui oblige les exgtes inventer une autre signification pour raccommoder le verset) est les versets 58 et 59 dAl-Ḥajj :

"(58) . (59) [ø] ". ( : : " " [ 67])

 (58) Quant ceux qui ont fait exode sur le chemin de Dieu, et puis encore y furent tus ou sont morts (de mort naturelle), Dieu assurment leur attribuera splendide attribution [litt. : leur donnera des nourritures sans aucun effort]. Il est par excellence Celui qui attribue [litt. : donne de la nourriture]. (59) [ø] Il les fera entrer lentre de contentement  [traduction de Berque].

Comment Dieu donnera un rizq ḥasan [vivres, nourritures, aliments quon peut avoir sans peine] aux migrs qui sont morts ?! Il semble que la place de la phrase ( ) doit tre au dbut du verset suivant ( verset 59), comme suit :

"(58) . (59) [] ".

Mettre en lumire la ncessit de lassonance au dtriment du sens : Contrairement ce que disent les grammairiens sur le rle de ʾinna comme particule daffirmation, le Coran lutilise souvent pour des raisons purement stylistiques. Il utilise une mme phrase tantt avec ʾinna tantt avec kāna, selon le besoin non smantique mais assonantique et prosodique. Je donne lexemple suivant :  ʾInna dhālika ʿala-llāhi yasīr  [ [ø] Et cest pour Dieu bien ais  [traduction de Berque]] (XXII, 70) et  kāna dhālika ʿala-llāhi yasīrā  (IV [An-Nisāʾ], 169). La clausule du verset 17 dAl-Ḥajj est un autre exemple qui consolide cette ide :  ʾinna llāha ʿalā kulli shayʾin shahīd  [ [ø] Dieu de toute chose est Tmoin  [traduction de Berque]]. Comparons-la avec la mme phrase dun autre verset assonance accusatif :

" ." ( 22 ̡ 17)

" ". ( 33 ȡ 55)

Dans le second verset, le verbe kāna (v. XXXIII, 55) que les exgtes considrent comme marquant lternit (un sens qui se perd la traduction) nindique pas le temps en ralit. Il a pour rle juste dobtenir une assonance cas accusatif pour que la fin (lassonance) de ce verset soit compatible avec lensemble de la sourate ( [v. 2], [v. 54], [v. 55], [v. 56], [v. 57], [v. 73], etc.). Ainsi, ʾinna et kāna ont un rle plus stylistique que smantique. Lassonance a forc lauteur (fictif) ou le compilateur du Coran utiliser kāna pour avoir un effet musical sur les lecteurs.

Le mot nakīr [chtiment] dans le verset 44 dAl-Ḥajj voulait dire : nakīrī [Mon chtiment]. Pourquoi le pronom possessif -ī [mon/ma/mes] du mot nakīrī a t supprim ? Certains musulmans en donnent une signification, cest pour indiquer la perptuit[11]. Mais la question qui se pose est pourquoi ce pronom suffixal nest-il gnralement supprim que du substantif qui vient la fin du verset ? La seule raison dlider le dterminant possessif du locuteur (yāʾ al-mutakallim) dans le Coran est, semble-t-il, le respect de lassonance du verset.

Dans le Coran, le mot nakīrī est toujours utilis sans -ī dans la clausule  fa-kayfa kāna nakīr  [ comment fut donc dur Mon chtiment ], clausule qui termine les versets : XXII [Al-Ḥajj], 44 ; XXXIV [Sabaʾ], 45 ; XXXV [Fāṭir], 26 ; et LXVII [Al-Mulk], 18.

Dans 11 occurrences dans le Coran, le pronom possessif singulier de lnonciateur (-ī) a t supprim des substantifs suivants qui viennent la fin des versets.

matāb[ī] (mon repentir) (XIII, 30) ;

maʾāb[ī] (mon retour) (XIII, 36) ;

duʿāʾ[ī] (ma prire) (XIV, 40) (par contre, le pronom possessif -ī apparat dans ce mme mot (duʿāʾī) lorsque ce dernier vient au milieu du verset (LXXI, 6)) ;

dīn[ī] (ma religion) (CIX, 6) (alors que ce mme mot apparat au milieu du verset X, 104 avec le pronom -ī ainsi dīnī)[12] ;

ʿibād[ī] (mes serviteurs) (XXXIX, 17)[13] (tandis que ce mme mot apparat 17 fois toujours au milieu des versets avec le pronom -ī (ʿibādī)) ;

ʿadhāb[ī] (mon tourment) (XXXVIII, 8). Cependant, le -ī apparat toujours dans ce mme mot quand ce dernier vient au milieu (ainsi : ʿadhābī), dans les versets : VII, 156 ; XIV, 7 ; XV, 50 ; LIV, 16, 18, 21, 30, 37, 39. Remarquons ici dans les six derniers versets que dans le mot mdianʿadhābī le -ī est fix, mais il est supprim du mot suivant final (nudhur) qui termine les versets ( fa-kayfa kāna ʿadhābī wa nudhur[ī]  [ combien furent donc durs Mon chtiment et Mes avertissements ].

ʿiqāb[ī] (ma punition) (XIII, 32 ; XXXVIII, 14 ; XL, 5) ;

nudhur[ī] (mes avertissements) (LIV, 16, 18, 21, 30, 37, 39) ;

nadhīr[ī] (mon avertissement) (LXVII, 17) ;

nakīr[ī] (mon chtiment) (XXII, 44 ; XXXIV, 45 ; XXXV, 26 et LXVII, 18) ;

waʿīd[ī] (ma menace) (XIV, 14 ; L, 14, 45).

Analyser les ventuelles  erreurs  dorthographe ainsi que lnallage () (en tant que dfaut stylistique) que les grammairiens (comme Abū ʿUbayda Maʿmar ibn Al-Muthannā [728-824]) ont classifie sous la rubrique du majāz al-qurʾān [les licences ou les exceptions du Coran] et dont la rptition rend le style faible et souvent ambigu. À propos des ventuelles  erreurs  dorthographe et titre dexemple, le Coran utilise maintes fois ladjectif ʿaẓīm [grand/terrible] pour dcrire le jour [yawm] dernier dans les versets XIX [Maryam], 37 ; XXVI [Ash-Shuʿarāʾ], 135 et 156 ; et XXXIX [Az-Zumar], 13. Seul le verset 55 de la sourate Al-Ḥajj utilise le mot ʿaqīm [strile] (au lieu de ʿaẓīm) pour dcrire le jour dernier. Sagit-il donc dune erreur dorthographe ou dune omission ? Dautant plus que le rasm[14] du Coran sans points diacritiques ne distinguait entre ʿaẓīm () et ʿaqīm () que par un petit bton sur la consonne ẓ [la lettre ẓāʾ] de ʿaẓīm.[15] Il est souligner que seulement trois traducteurs (M. Hamidullah, Z. Abdelaziz et S. Aldeeb) ont rendu littralement le mot ʿaqīm par son quivalent franais : strile, alors que les autres traducteurs ont rendu ce mme mot par un mot du sens proche du mot ʿaẓīm (trs rigoureusement, terrible, terrifiant) comme sils ont corrig lerreur en traduisant le mot ʿaẓīm et non pas ʿaqīm.

Comme exemple sur lnallage (le changement du pronom ou du temps du verbe) dont regorge le Coran et quAbū ʿUbayda considre comme majāz (exception)[16], je cite le verset 5 de la sourate Al-Ḥajj. Au dbut du verset, la parole est adresse un groupe (Vous, an-nās) (la deuxime personne du pluriel) et porte sur la premire preuve dal-baʿth [la rsurrection] (i.e. la preuve de la naissance de ltre humain), alors qu la fin du verset, la parole est adresse la deuxime personne du singulier (toi) et porte sur une seconde preuve (i.e. la renaissance cyclique de la nature).

Il est souligner que le traducteur du Coran en franais et en anglais Sami Aldeeb (juriste suisse dorigine palestinienne) travaille actuellement sur les  erreurs  du texte coranique et il a publi jusqu maintenant environ 200 erreurs linguistiques et stylistiques.[17]

Cependant, il est important daborder ces anomalies et exceptions du Coran non pas en tant qu erreurs  ou  dfauts , mais en tant que  rvlatrices  des subtilits et des secrets du texte.

Reprer les expressions et les mots rares (gharīb) (les hapax legomenon) (dont on ne connat quune seule occurrence, comme  abb  [pturage ?] [sourate ʿAbasa [Renfrogn] LXXX, 31] et  ghislīn  [pus ?] [sourate Al-Ḥāqqa [lInluctable] LXIX, 36]) et voir sils nont pas t utiliss lpoque de la rdaction du Coran, ce qui signifierait que cest le Coran qui les a emprunts, ou invents, ou les a mis en utilisation pour rpondre un besoin de traduction. Ces hapax peuvent indiquer, entre autres, que le Coran arabe est un texte traduit en sens  descendant  (traduction aval), dune (des) langue(s) dominante(s) vers une langue domine ou un idiome vernaculaire (en loccurrence larabe). La traduction en sens  descendant  est une traduction sourcire qui est plus fidle au texte-source dont il reste des traces (par opposition la traduction en sens  ascendant , vers lamont, la traduction cibliste, qui est une traduction depuis une culture domine vers une culture dominante, o il ny a pas de trace du texte de dpart).[18]

Une lecture dconstructrice des  erreurs  du texte coranique peut indiquer plusieurs choses :

Lors de lcriture du Coran, le plus important pour les scribes tait de btir, la base dun syncrtisme religieux et scripturaire, un texte sacr qui puisse servir un objectif identitaire prcis (" " [ un Coran arabe ] [sourate XII [Yousuf], 2] [traduction de Sami Aldeeb]). Ainsi, les dtails du contenu du texte ntaient pas du tout importants. Selon un hadith du Prophte (Musnad Ahmad, n 16021), tout ce quont dit dans le Coran est juste tant que lon ne commet pas de contresens (" ").[19]

Lobjectif des auteurs du Coran tait centr sur lassonance ( sajʿ , prose rime) la fin des versets (fāṣila [sparante, coupe, csure, virgule]) pour avoir un appui rythmique qui ne concide pas toujours avec la fin de la phrase, afin dutiliser le Coran (driv de qeryana [lectionnaire], selon Christoph Luxenberg) comme un texte psalmodi.

Certaines  erreurs  peuvent souligner linsuffisance des moyens techniques et intellectuels lpoque de la rdaction du Coran. Lcriture dun livre sans aucune erreur tait un travail presque impossible en Arabie au Moyen Âge. En plus, les rgles de lorthographe ntaient pas encore normalises, ni assez volues, comme Ibn Khaldoun (1332-1406) a soulign (" " [ 1 419]). Le fait que les scribes ignoraient beaucoup de contextes du Coran et les langues des textes-sources augmente les  erreurs .

Si  lerreur  (comme celle de     [ jour strile ]) est vraiment voulue, elle indique probablement que la phrase est traduite en arabe partir dune autre langue, car cette utilisation ntait pas connue en arabe.

Le fait que les auteurs du Coran utilisent 24 fois le mot fminin    (enfant, consquence, suite, fin, punition) en tant que masculin peut se justifier par le fait quils voulaient garder le genre grammatical du mot dorigine (peut-tre le mot masculin עקב [qv] en hbreu) pour donner une autre dimension smantique au mot fminin arabe.

Parfois les auteurs du Coran modifiaient la traduction arabe pour servir lidologie du conflit. Par exemple, pour dnigrer les opposants juifs, les auteurs du Coran ont modifi la traduction arabe du verset 27 du Deutronome 5 (" ǡ ǡ ושמענו ועשינו" [ Approche, toi, et coute tout ce que dira lÉternel, notre Dieu ; tu nous rapporteras toi-mme tout ce que te dira lÉternel, notre Dieu ; nous lcouterons, et nous le ferons. ]) pour devenir ainsi dans le verset 93 de la sourate II [Al-Baqara] (" : " !" : " "."  En ce temps-l, nous avons pris votre engagement et lev au-dessus de vous le Mont [Sina] :  Prenez avec force ce que nous vous avons donn, et coutez !  Ils dirent :  Nous avons cout et dsobi.   [traduction Sami Aldeeb]]).

 

Le fait que nous navons pas duvre critique faite par les adversaires de Mahomet pour  les erreurs  linguistiques et stylistique du Coran ne signifie pas que le Coran est exempt derreurs, mais il nous montre ltendue de la violence dans limposition du texte coranique. Lhistoire nous rapporte que le Prophte ntait pas du tout tolrant avec ceux qui dnigraient le Coran (par exemple, il a insist sur la liquidation dAn-Naḍr ibn Al-Ḥārith).

Certaines  erreurs  ont t utilises par des thologiens pour souligner le dogme de linimitabilit (iʿjāz) ou de lloquence du Coran ou pour servir un intrt sociopolitique. La suppression de linformation de  inna  dans le verset 25 de la sourate Al-Ḥajj (" [ø] ." [ Les dngateurs, ceux qui dressent des obstacles sur le chemin de Dieu, et de lOratoire consacr que Nous avons institu pour les hommes, galit pour le rsidant et litinrant [ø] et quiconque aurait volont dinjustice et de dviation, Nous lui ferions goter dun chtiment douloureux. ] [traduction de Berque]) a t considre par Sayyid Quṭub comme un style loquent pour donner lide que le chtiment est vident. L erreur  de     a t utilise : (1)-pour augmenter la peur des croyants du Jugement dernier et par la suite pour les faire obir au pouvoir, au sultan considr comme  lombre de Dieu sur terre , ou (2)-pour semer la terreur chez les adversaires en leur rappelant la bataille de Badr, la premire bataille victorieuse des musulmans contre leur ennemi.

Les  erreurs  du Coran peuvent indiquer que les musulmans considrent comme sacr non seulement le sens (qui change) mais aussi lorthographe (le rasm) du texte (qui est plus stable), comme le souligne Ibn Khaldoun :

" [...] . [...]. . "" [ 21] "" [ʡ 47] ɡ . . ." ( 419)

Concernant les  dfauts  du passage dun pronom un autre dont regorge le Coran et que les thologiens et grammairiens classifient dans la figure de style appele : l iltifāt  (, nallage)[20], ils peuvent indiquer : (1)-que le texte a t runi de plusieurs contextes diffrents, ou (2)-que les auteurs du Coran ne connaissaient pas les rfrents des pronoms dans les textes-sources. Par exemple, on ne sait pas exactement qui renvoie le pronom de la premire personne du singulier dans le Livre de Psaumes : David, Dieu, le narrateur, lauteur ?

Certaines  erreurs  peuvent montrer que les scribes ne connaissaient ni les contextes ni les langues des textes qui taient lorigine du Coran.

Si l erreur  est voulue, il est probable que les auteurs voulaient faire perdre au lecteur le fil conducteur du texte pour cacher une ide en contradiction avec leur croyance. Ils ont ainsi dispers les versets qui peuvent faire allusion la rincarnation. À titre dexemple, voici un contexte plus cohrent qui puisse souligner la rincarnation :

﴿"[...] : ." [ϡ 7] " " [̡ 5] " [] [] ." [ 65] - " ." [̡ 5] " ." [ 36] "" [ 59 ݡ 91 28 54] " " [ ] [ѡ 6] " . ." [̡ 66] " " [ɡ 28] " [] ." [ɡ 56] " ." [ѡ 6 7 8] " [] ." [̡ 63] " [] ." [̡ 5] " ." [ 19] " [] [] [] ." [ 55] " [] ǡ " [͡ 17 18] " ." [̡ 6] " ." [̡ 7] ": " [ѡ 11] "! [] ." [ޡ 16 17 18 19 20]﴾

Le fait de considrer les  erreurs  du Coran comme signes dloquence montre un grand complexe dinfriorit chez les Arabes polythistes (Gentils), complexe d aux railleries et aux offenses des Gens du Livre contre les Arabes qui navaient pas de livre sacr quivalent lidentit.

Les lacunes, les suppressions peuvent avoir une signification. Par exemple, contrairement la Bible (la Gense 22 : 6-7 et lÉptre aux Hbreux 11 : 17-18)[21], le Coran ne nomme pas le fils sacrifi de faon explicite dans la sourate 37 (Aṣ-ṣāffāt [les Rangs], versets 101-107)[22] qui rapporte lhistoire du sacrifice dAbraham. La suppression du nom dIsaac du texte arabe semble exprs en vue de prparer le terrain linterprtation pour mettre Ismal le pre des Arabes la place dIsaac lun des anctres des Juifs. Les musulmans considrent quIsmal a reconstruit avec son pre Abraham la Kaba. Ils voulaient ainsi mettre lislam dans la ligne des autres religions abrahamiques et par la suite lui donner la lgitimit dune vritable religion monothiste indpendante et non pas une secte.

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[1] Ce texte est une traduction adapte du texte arabe intitul :    :   [ Les erreurs linguistiques et stylistiques du Coran : une lecture dconstructrice ], avec des ajouts et suppressions. Cette traduction adapte a t prpare pour participer aux deuximes rencontres organises par la Halqa (lAssociation des doctorants travaillant sur les mondes musulmans aux poques moderne et contemporaine) jeudi 5 et vendredi 6 juin 2014 Aix-en-Provence (MMSH [la Maison mditerranenne des sciences de lhomme]). (http://halqa.hypotheses.org/1621).

[2] Potestio, Andrea,  Le dsir de parler. La fonction de la langue dans lide de lducation de J.J. Rousseau , Universit de Bergame, http://wwwdata.unibg.it/dati/bacheca/434/60551.pdf.

[3] Jacques Derrida, Entretien indit enregistr le 30 juin 1992.

[4] Tschumi, Raymond, A la recherche du sens, LÂge dHomme, 1987, p. 53.

[5] Le verset 5 de la sourate Al-Ḥajj :

" . ."

 Humains, vous demeureriez dans le doute quant la Rsurrection ? Eh bien ! nous vous avons crs de poussire, puis dun peu de liquide, puis dune adhrence, puis dune mchure, soumise cration chelonne, cela pour vous dmontrer (Notre pouvoir). Et Nous fixons dans les matrices ce que bon Nous semble, jusqu un terme dtermin, et puis enfin Nous vous faisons sortir enfant, aprs quoi Nous visons vous faire atteindre votre force adulte ; et certains parmi vous sont recouvrs (jeunes), et dautres ramens au plus dbile de lge, au point de ne rien connatre aprs avoir connu. Ainsi vois-tu la terre languir, et quand Nous faisons descendre de leau sur elle, smouvoir, gonfler, faire pousser un peu de chaque merveilleuse espce . [traduction de Berque]

[6] Al-Ḥarīrī, Abū Mūsā [Joseph Azzi], [ʾAl-ʿAlawyīūn an-Nuṣayryīūn. Baḥth fī al-ʿaqīda wa at-tārīkh [Les alaouites nusayrites : Trait dans la doctrine et lhistoire]], srie : " " [ ʾAl-ḥaqīqa Aṣ-Ṣaʿba  [ La difficile vrit ]], 2me dition, Beyrouth, 1984. Les alaouites considrent lalcool comme licite et recommand pour la communion. À propos de la licit du vin, voir pp. 68, 69, 102, 105, 111, 122, 133 [dans la version lectronique du livre]. La tradition alaouite rapporte un clbre et beau pome crit par Al-Muntajab Al-ʿānī, un minent pote et thologien alaouite. Ce pome qui commence par Mil yumnatan balwa l-ʿaqīqi wa bānihī ( ) met laccent sur le caractre sacr du vin et souligne lide que le taḥrīm [prohibition] est un takrīm [signe de respect et dhonneur] (linterdit est la consquence du sacr) :

"- / .

- / ."

De point de vue linguistique, philosophique et sotrique, linterdiction du vin [al-khamra] nest pas un signe dhommage et de respect au buveur, mais plutt au vin lui-mme que lon appelle en arabe : bint al-karma [fille de la vigne]. Le substantif karma [vigne] et le nom daction takrīm [hommage, respect] ont la mme racine. Puisque la khamra [le vin] (fminin) est la fille de la karma [vigne], elle est mukarrama [vnre, respecte], et elle jouit dun statut de ḥurma [caractre sacr], voir elle est une ḥurma [chose sacre]. Comme signe de respect, le terme ḥurma dsigne aussi lpouse. La relation avec la khamra [vin] ressemble la relation avec la femme, relation rgie par le respect. Cest pour cela quau sujet du vin, les alaouites tablissent un lien troit entre le concept de taḥrīm [interdiction] et celui de takrīm [respect, hommage] en disant : Al-khamra, kurrimat fa-ḥurrimat [Le vin, puisquil est respect, est interdit]. Cependant, le terme khamr (masculin) dsigne ltat de livresse qui est d labus du vin, c..d. lutilisation abusive et sans respect de la khamra (fminin). Le khamr est donc le sacrilge de la khamra. Le Coran na pas du tout condamn la khamra, mais le khamr en le qualifiant de rijs [sacrilge, action illicite, salet] (verset IV, 90).

[7] Le palimpseste est un manuscrit dont on a fait disparatre lcriture pour y crire un autre texte. Claude Gilliot et Christoph Luxenberg soutiennent lide que le Coran nest quun ṭirs [un palimpseste] (un manuscrit regratt et rcrit). Le palimpseste de Sanaa le prouve. (http://halshs.archives-ouvertes.fr/docs/00/05/04/97/PDF/Mel.Endress.pdf).

[8] Voici un avis dun traducteur du Coran, Sami Aldeeb :  Je jette sur le Coran un regard de lecteur, et je constate avant tout quil ne sagit pas dun livre, mais dun brouillon dcousu, compos de bribes sans liens entre eux, passant continuellement du coq lne.  (http://www.blog.sami-aldeeb.com/2013/09/17/les-critiques-du-coran-par-sami-aldeeb-sont-ridicules/).

[9] Voici le verset 61 de la sourate XXIV An-Nūr [la Lumire] :

" . . ." (ѡ 61) [ . .]

  Il ny a aucune gne pour laveugle, le boiteux, le malade, et pour vous-mmes de manger dans vos maisons, dans celles de vos pres, de vos mres, de vos frres, de vos surs, de vos oncles paternels, de vos tantes paternelles, de vos oncles maternels, de vos tantes maternelles, dans celles dont vous possdez les clefs, ou chez votre ami. Nul grief sur vous, non plus, manger ensemble, ou en divers [groupes]. Lorsque vous entrez dans des maisons, saluez-vous mutuellement, dune salutation de la part de Dieu, bnie et bonne.  (XXIV, 61) [traduction de Sami Aldeeb] [Selon Aṭ-Ṭabarī, les ruwāt [pl. de rāwī, les transmetteurs des hadiths] se sont diviss propos des asbāb an-nuzūl [les causes, les circonstances ou le contexte historique de lnonciation ou de la rdaction du Coran]. Les exgtes se sont aussi diviss propos du sens.]

[10] Ahmed Hasan Ali Al-Gubbanchi [Al-Qubanji] : un intellectuel libral et traducteur irakien musulman, n Najaf en 1958. Il propose un  islam civil  compatible avec les droits de lhomme, la justice et les circonstances modernes. Il pense que linterprtation littrale du Coran conduit au sous-dveloppement des socits musulmanes. Il considre que la charia est modifiable en fonction de la socit, de lpoque et du lieu. Lune des preuves est que des versets du Coran ont t modifis au temps mme du prophte (le naskh). Il a galement traduit en arabe de nombreux livres du philosophe iranien Abdul Karim Soroush (n en 1945). Al-Gubbanchi critique leʾiʿjāz balāghī [linimitabilit rhtorique] du Coran et notamment la faiblesse et le verbiage du verset susmentionn (XXIV, 61) dans une confrence disponible sur les liens : http://www.youtube.com/watch?v=zJ9S2hsQPtw; http://www.youtube.com/watch?v=_x_-uPEBGvo.

[12] Dans un seul cas, le pronom possessif suffixal -ī apparat dans le mot dīnī la fin du verset court XXXIX [Az-Zumar] [les Groupes], 14 ( Quli llāha ʾaʿbudu mukhliṣan lahū dīnī. [Dis :  Cest Dieu que jadore, en lui vouant ma religion. ] [traduction Aldeeb]). Ce verset-l ne ferait pas partie, semble-t-il, du corps de la sourate, mais il sagirait ou bien dun commentaire du verset prcdent 11, ou bien dune phrase tire dun autre contexte et dun autre discours, ou bien dun verset incomplet.

[13] Le mot ʿibād[ī] (Mes serviteurs) apparat exceptionnellement sans -ī au milieu des trois versets XXXIX, 10 et 16 ; et XLIII, 68. Il sagirait l dun procd dlision proche du vocatif apocop (tarkhīm al-munādā) ; ou bien il sagit dune erreur ou dune omission. Le grammairien Ibn Yaʿīsh An-Naḥawī (1159-1245), dans Sharḥ al-Mufaṣṣal (un livre qui commente Al-Mufaṣṣal dAz-Zamakhsharī), souligne que llision du pronom possessif du locuteur (-ī) au vocatif est plus courante. Ainsi, selon lui, il est plus loquent de dire yā ʿibād[i], au lieu de yā ʿibādī.

[14] Le terme rasm (le trac ou le ductus consonantique) dsigne la manire de tracer les signes de lcriture du Coran.

[15] Antoine Compagnon (Le Dmon de la thorie, 1998, p. 86) souligne :  Le paralllisme de deux passages sera pertinent si et seulement sils renvoient une intention cohrente : le mot  solitude  dans Le Spleen de Paris nclaire pas ncessairement le mot  solitude  dans Les fleurs du mal ; Baudelaire, qui rclamait le droit de se contredire, a pu changer davis entre-temps.  Nayant pas, semble-t-il, un seul auteur, le Coran avait cependant une seule autorit de compilation (le calife ʿUthmān et le comit de compilation), i.e. une intention cohrente, ce qui pourrait contribuer normaliser sa terminologie.

[16] Dans lintroduction de son Majāz al-Qurʾān (p. 3), Abū ʿUbayda Maʿmar b. Al-Muthannā (728-824) souligne comme exemple :

" ϡ ȡ : " " : "". [ 10 ӡ 22]".

 Et parmi les majāz [les exceptions, les licences] dans le passage soudain de la deuxime personne la troisime personne [nous citons ce que] Dieu dit :  Lorsque vous tes sur les felouques, que celles-ci courent avec eux , i.e.  avec vous . [sourate X Jonas, 22] [traduction de Sami Aldeeb]. 

[18] Bellos, David, Le poisson et le bananier : Une histoire fabuleuse de la traduction, traduit par : Daniel Loayza, Flammarion, 2012, p. 181.

[19] Site web du Mawsūʿat al-ḥadīth [Encyclopdie de la tradition prophtique] : http://library.islamweb.net/hadith/display_hbook.php?bk_no=121&pid=60821&hid=16021.

[20] Lnallage est une figure de style qui consiste remplacer une forme grammaticale [un pronom, un nom, un temps verbal ou un aspect verbal] par une autre.

[21] Gense 22 : 6-7 :  Abraham prit le bois pour lholocauste, le chargea sur son fils Isaac, et porta dans sa main le feu et le couteau. Et ils marchrent tous deux ensemble. Alors Isaac, parlant Abraham, son pre, dit : Mon pre ! Et il rpondit : Me voici, mon fils ! Isaac reprit : Voici le feu et le bois ; mais o est lagneau pour lholocauste ? 

Éptre aux Hbreux 11 : 17-18 :  Cest par la foi quAbraham mis lpreuve, offrit Isaac en sacrifice. Ainsi celui qui avait reu les promesses, et qui il avait t dit : "Cest dIsaac que natra ta postrit", offrit ce fils unique 

[22] La sourate Aṣ-ṣāffāt, les Rangs, versets 101-107 :

"(101) [ø] . (102) [ø] : " [ø]! . " [ø]: " ! . ". (103) [ø] (104) ! (105) . . (106) . (107) [ø] ."

 [101] Nous lui annonmes un garon [ø] magnanime. [102] Lorsquil [ø] parvint [ lge] de sempresser avec lui, [Abraham] dit :  Ô mon fils [ø] ! Je me vois dans le sommeil en train de timmoler. Regarde donc ce que tu vois . Il [ø] dit :  Ô mon pre ! Fais ce quil ta t ordonn. Tu me trouveras, si Dieu [le] souhaite, au nombre des endurants . [103] Puis quand tous deux se furent soumis et quil l[ø]eut jet sur la tempe, [104] nous lavons interpell :  Ô Abraham !  [105] Tu as confirm la vision. Ainsi rtribuons-nous les bienfaisants . [106] Ceci est le test manifeste. [107] Nous le [ø] rachetmes dune trs grande immolation.  [traduction de Sami Aldeeb]

 

 

 


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